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Projet Microthéâtre

Lady Dascalie
Lady Dascalie critique théâtrale aux Editions Porta Piccola"

Les Editions Porta PIccola proposent l’objet suivant : Une histoire en douze volumes. Dans chaque volume quatre parties de valeurs inégales :

 

  1. L’épisode avec ses péripéties et les protagonistes qu’on retrouve à chaque fois (sans vouloir déflorer, il s’agit d’enfants qui fuient une dure réalité, et parviennent à tirer leur subsistance des spectacles qu’ils donnent sur les places de village).
  2. Une nouvelle racontant une histoire précise et concernant précisément un thème fort pour les enfants (l’amitié, les notes, la mort, le silence, …)
  3. Une ou plusieurs scènes de théâtre mettant en jeu des personnages issus de la nouvelle et la donnant à voir d’une manière et sur un ton très différent. Ces scènes sont destinées à être réellement jouées et même à générer un travail théâtral spontané et d’improvisation.
  4. Une fiche technique proposant des pistes, des conseils, des trucs et des machins pour réaliser tel effet, donner telle impression, expliquer comment faire telle chose dans telle catégorie ou genre de théâtre.

Les constats de départ.

 

Marcel Proudhon-PanurgeLes textes que lisent les enfants à l’école les concernent-ils ?

Beaucoup d’enfants ne « rentrent » pas dans la chose écrite qui reste « lettre morte » pour eux.

Le théâtre permet de, voire oblige à, « rentrer dans l’histoire ».

 

Les textes proposés aux enfants à l’école les concernent-ils ?

Ariane Villard-Shaekesbrook

 

Les grandes questions qui travaillent les enfants, ont longtemps été maladroitement abordées dans les textes qu’ils travaillent à l’école. Grandir, devenir adulte, développer des relations sociales, dominer, obéir, souffrir des actes des adultes, comprendre la société, savoir qui on est etc. était parfois contourné ou abordé d’une façon dogmatique et guindée. Les discussions sur l’égalité, la différence, la non violence etc. conservent un petit côté ennuyeux et moraliste qui n’a d’effet, au mieux que sur les enfants « sages et obéissants ». Les vraies questions, sur l’amour, l’adoption, la séparation, toute ces choses dont on oublie volontiers que les enfants les vivent réellement, ces questions ont été souvent laissées de côté ou trop sommairement abordées. Du coup, il s’est créé un clivage entre la vérité du monde et la réalité de la lecture qui est assez rapidement devenue, aux yeux des enfants « en difficulté » une distraction réservée à ceux qui en ont le temps, mais certainement pas un outil essentiel pour faire face aux « vrais problèmes » : « mes parents se séparent », « je n’aime pas l’école qui d’ailleurs ne sert à rien », « j’ai peur d’être seul », « j’ai peur de la mort », « je vais grandir et devenir un adulte mais lequel ? » etc. Ces « vrais » sujets sont largement abordés par contre, dans la littérature pour adolescents, mais pour beaucoup, c’est déjà trop tard : ils savent déjà de façon certaine que la lecture « ce n’est pas pour eux ».

Beaucoup d’enfants ne « rentrent » pas dans la chose écrite qui reste « lettre morte » pour eux.

Annie Oui-Oui

 

On devrait dire, « beaucoup de gens » et pas seulement beaucoup d’enfants. En réalité, le monde des lecteurs est assez étroit, je veux dire, le monde de ceux qui peuvent entrer passionnément dans la chose écrite. Sans doute parce que le livre est le lieu ultime du pouvoir, parce que toutes les règles les plus lourdes et les plus violentes qui régissent nos existences sont consignées dans des livres (la Bible, le code civil, la constitution, les règlements et les lois en tous genre…), il est l’objet qu’on respecte par obligation et qu’on craint, ce qui est un très mauvais départ pour l’amour, l’amitié ou la complicité.

Mina

 

Les enfants, à moins qu’ils n’aient dans leur entourage proche, des gens qui connaissent l’univers de la lecture et qui les y invitent et les encouragent, craignent la lecture qui les met si facilement en échec et n’ont que très peu de gout pour l’écriture et l’orthographe, ce qui est somme toute logique : à quoi bon connaître les codes pour accéder à un domaine où on pressent qu’on ne sera pas admis ?

Mino

 

 

 

L’ennui, le gros danger, c’est que la chose écrite est encore, et sans doute pour longtemps, le moyen de poser les idées, des les soupeser, de les comparer, bref, un support inappréciable pour la pensée. Aujourd’hui, ne pas accéder convenablement à la lecture, c’est obérer à terme sa capacité à raisonner, à critiquer, à se forger une opinion raisonnable.

 

Le théâtre permet de, voire oblige à, « rentrer dans l’histoire ».

 

Edmond Négo

C’est sa nature même, la raison pour laquelle il a été inventé sans doute : soutenir des idées, des opinions, les affronter à la réalité ou les confronter entre elles. Le théâtre dans la cité grecque, même si on a beaucoup exagéré son importance, en est un des fondements. Les romains ne s’y sont pas trompés qui l’on repris à leur compte.

 

 

 

 

 

Cassiopée Lombilic
Cassiopée Lombilic, Vieille Comédienne.

L’intérêt du théâtre, c’est qu’il permet de rentrer dans la chose abstraite. Lorsque je suis dans le public, le théâtre me permet d’être tour à tour et simultanément roi, héros, femme désirable, amoureux transis, traitre, voleur, cocu, à condition que les acteurs soient bons. Et chaque acteur, s’il aime « jouer » défendra son personnage, si indéfendable ou si éloigné du comédien soit-il.

 

Trique
Trique, Fantôme aux Editions Porta Piccola.

 

Au fil de nombreux ateliers de théâtre mais aussi de nombreuses expériences menées au sein des classes, nous avons fait le constat que jouer un texte donne conscience aux enfants que « des choses sont cachées dedans » et nous pensons - espérons - avoir contribué à amené à la lecture, des élèves qui autrement lui auraient tourné le dos sans état d’âme.

 

 

La proposition

Traque
Traque, Fantôme aux Editions Porta Piccola

Ecrire pour les enfants des textes pertinents.

 

Réfléchir aux mérites comparés des questions et des réponses.

 

Ouvrir plusieurs portes pour accéder à la chose écrite.

 

Proposer aux enfants des textes qui leur soient pertinents.

 

Cornélie Lacour
Cornélie Lacour, Comédienne Côté Cour.

Je vais « faire court » :

des textes bien écrits, parce que les enfants n’aiment pas qu’on les prenne pour des bébés ni pour des imbéciles,

avec des mots éventuellement difficiles et beaux pour les mêmes raisons,

et des idées compliquées, éventuellement cruelles et douloureuses, éventuellement poétiques, éventuellement drôles, loufoques, romanesques, effrayantes,

bref, de la littérature...

 

 

Réfléchir aux mérites comparés des questions et des réponses.

 

Jasper Jardin
Jasper Jardin, Comédien Côté Jardin

C’est un peu le problème de la littérature enfantine en général et de la façon qu’ont les adultes de s’adresser aux enfants : le parcours piégé au terme duquel il y a « une bonne et une mauvaise réponse ». Il est souhaitable d'éviter ce système binaire et proposer des questions, amener les enfants à formuler des questions qui sont le support et la nourriture de la curiosité. Pour les réponses, il est clair que les seules qui auront une valeur durable pour les enfants, ce seront celles qu’ils auront trouvées par eux-mêmes, ou celles pour lesquelles ils se seront donné le mal de réfléchir, même s’ils n’ont pas trouvé de réponse (« pourquoi meurt-on », vous le savez, vous, au fond ?).

 

 

Ouvrir plusieurs portes pour accéder à la chose écrite.

 

Madame Bonsoir
Madame Bonsoir, Caissière au Grand Théâtre

On voit bien où je veux en venir : le théâtre est une de ces portes. Il pose la chose écrite, lui insuffle la vie quitte à la déformer ou la transformer à son gré avec plus ou moins d’impertinence, la propose au public qui la reçoit comme il veut ou comme il peut. Ensuit on la repose et on recommence le lendemain avec la même ou avec une autre. C’est bien sûr notre projet.

 

Luc Fiat
Luc Fiat, éclairagiste.

Mais il y a d’autres portes. Certaines sont dans le théâtre même : la technique du spectacle est un merveilleux moyen d’entrer dans une histoire ! Fabriquer des décors, des costumes, éclairer un comédien, inventer un univers, faire la nuit, le jour, faire preuve d’ingéniosité pour tout cela et participer à l’aventure, non pas parce qu’on a des facilité culturelles ou littéraires, mais parce qu’on est adroit de ses mains, costaud, déterminé, inventif, parce qu’on sait peindre, clouer, qu’on a envie de pousser des boutons, de trimballer des projecteurs etc…

 

Et puis il y a tout le reste, toutes les autres compétences auxquelles on peut faire place : la souplesse, la légèreté, savoir danser, savoir jouer de la musique, savoir accueillir les gens, et aussi, pourquoi pas, savoir inventer des histoires qu’on va jouer sur la scène et qu’on racontera ensuite autrement, et pourquoi pas par écrit…

Titi le Tétéchnicien des Editions Porta Piccola.

 

Tutu la Couturière
Tutu la Couturière

Bref, il s’agit de faire sortir la littérature des rayons des bibliothèques et des griffes des auteurs dont ils faut rappeler qu’ils sont, au départ, des gens comme vous et moi, et pas du tout des créatures bizarres descendues de la planète Mars.

Na !

Na !

L'avis de William S.

Et bien, chers amis, je constate que ne vous ne vous prenez pas pour des cabanes à lapin !

Si je comprends bien, vous considérez qu'à part vous, tout le monde fait plus ou moins de la crotte, que les auteurs sont en règle générale des mégalomanes ou des pervers, et que vous seuls avez compris comment fonctionnent les enfants et ce qu'il faut faire pour les rendre heureux et intelligents...

De plus vous envisagez avec une joyeuse fatuité d'écrire mieux que tout le monde... Mazette ! Avec une pareille ambition, je me demande à quoi vous pensez le matin en vous rasant !

Tag(s) : #Microthéâtre

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