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Les Vingt-deux Infortunes d’Arlequin

 

Comédie (Adèle Hart') de Florence Delorme

 

Scène 1

Arlequin

Ah, mon pauvre dos ! Un peu de repos ne me fera pas de mal ! Tel que vous me voyez, je fuis ! J’ai roulé tant de gens que je n’avais pas le choix, j’ai servi jusqu’à six maîtres à la fois ! Il faut être malin ! Je le suis ! ... Oui, oh ne croyez pas que j’ai fait fortune, non, malin mais horriblement dépensier... j’ai en tout et pour tout ... (il a du mal à compter) cela fait bien 6 écus, pas un de plus ! Brave petits écus, vous, j’ai bien l’intention de vous garder (il embrasse sa bourse), bon... et maintenant où aller ? Nous sommes en pleine nuit, Milan est encore loin, dormir, ici, ne me paraît pas prudent... Je dois trouver un lieu plus sûr. Allez, courage Arlequin !

Il reprend ses paquets, marche un peu, on voit apparaître les bandits, Arlequin ne les voit pas, il découvre un panneau annonçant une auberge à 500 m

Enfin, me voilà sauvé, une auberge ! Parfait. Tâchons d’être malin et de ne pas débourser quoi que ce soit ... J’aimerais mieux manger de l’herbe ou des cailloux que dépenser mes chers écus ...

Scène 2

Arlequin

Holà ! Tavernier !

Georgette

Oui, c’est pourquoi ?

Arlequin

Où est ton patron ? J’ai à lui parler.

Georgette

Et bien j’écoute !

Arlequin

Ne fais pas l’intéressante, servante, et file chercher ton maître !

Georgette

Ici le patron c’est moi ! Et si tu continues à m’insulter, tu vas goûter de mon bâton. Je n’ai pas de temps à perdre avec toi, mal poli ! Si tu as quelque chose à dire dis-le !

Arlequin

Bien, bien, pardonnez-moi... voilà. Je me rends à Milan, mais il est tard alors je cherche gîte et couvert pour la nuit ...

Georgette

Jusque-là, rien à dire. C’est bien ici, une auberge. Le gîte et le couvert sont les meilleurs de la région...

Arlequin

Fort bien, mais n’est-ce pas... trop cher ?

Georgette

Point du tout ! C’est ici une maison honnête !

Arlequin

De mieux en mieux ! Ce qui veut dire que, si vous faisiez la charité, vous ne perdriez que peu d’argent...

Georgette

La charité ? Qui parle de charité ? Ici, c’est une auberge où l’on paye ! Comme dans toutes les auberges !

Arlequin

Bien sûr, je comprends mais revenons à ce qui nous intéresse. Vous m’avez l’air d’une brave femme prête à discuter et à écouter n’est-ce pas ?

Georgette

Que cherches-tu en me flattant ? Je ne vois pas ou tu veux en venir et tu me fais perdre mon temps !

Elle fait mine de partir.

Arlequin

Ne me quittez pas ainsi ! Je n’ai pas pu vous expliquez mon histoire ! Hum... Voilà... Je ne suis pas un mendiant... non, non ! Je suis un brave bougre... Mais voilà... des bandits m’ont attaqué et je n’ai plus le moindre écu, mais si vous m’offrez le gîte et le couvert, je vous donnerai en échange mon amitié et ma considération !

Georgette

Qu’ai-je à faire de cela ! Tu me fais perdre mon temps ! File d’ici, maraud ! Mon bâton me démange si fort que je ne peux plus le tenir !

Arlequin

Allons, la charité, brave aubergiste !

Georgette

Ah ! Monsieur est têtu ! Monsieur fait le sourd et bien tu l’auras voulu (elle le frappe) Pas de charité ici, c’est bien compris !

Elle sort, Arlequin reste seul.

Arlequin

Mégère ! Mauvaise femme ! Radine ! Que le diable t’empêche de dormir toi et tous tes descendants jusqu‘à la fin des temps !

Me voilà obligé de dormir ici ! La peste soit des radins !

Il s’installe sur ses sacs.

Scène 3

Entrent les quatre bandits, tout de noirs vêtus. Ils repèrent Arlequin, et l’entourent, prêts à lui sauter dessus, mais il les entend et se retourne, il sursaute.

Bandit 1

Holà, l’ami ! N’aie pas peur de nous !

Bandit 2

Que fais-tu là en pleine nuit ?

Bandit 3

Tu n’as donc pas de logis ?

Bandit 4

Où vas-tu brave homme ?

Arlequin

Je me nomme Arlequin, et je suis brave, c’est certain ! La vilaine patronne de cette maudite auberge vient de me refuser l’hospitalité... il est bien tard et je me rends à Milan, mais chargé comme je suis, je préfère attendre demain ...

Bandit 1

Voilà qui n’est guère prudent ! Seul ici, tu risques de très mauvaises rencontres !

Bandit 2

Et Pardi, ne sais-tu pas qu’il rôde par ici d’affreux brigands, qui sans doute n’hésiteront pas à te prendre tes affaires !

Arlequin

Affolé.

Des brigands ? Oh non, je ne peux pas rester ici !

Bandit 3

Évidemment non ! Tu te réveillerais nu comme un ver ! Ils ne sont pas du genre à te laisser quoi que ce soit !

Bandit 4

Mais nous pouvons faire le chemin ensemble jusqu’à Milan ! Si tu veux nous t’aiderons à porter tes affaires, tu as l’air d’un brave homme !

Bandit 1

Pour te rendre service, nous porterons tout, le chemin sera moins pénible pour toi...

Bandit 2

Nous sommes costauds, contente-toi de marcher, nous porterons !

Bandit 3

Qu’en penses-tu l’ami ?

Arlequin

J’en pense, j’en pense que j’ai bien de la chance de tomber sur de si braves gens ! Ah ! Mes amis ! Allons-y ! Je ne veux pas rester ici plus longtemps.

Les bandits prennent ses sacs.

Bandit 4

Passe devant mon brave ! Tu nous ouvriras le chemin, tiens, prends donc la lanterne...

Arlequin sans se méfier de rien, passe devant. Les bandits ne suivent pas et dès qu’il a fait quelques pas, ils filent de l’autre côté.

Arlequin

Ahuri, les appelant.

Holà ! Mais que faites-vous ? Milan est de ce côté-ci, revenez voyons ! Un doute affreux me prend. « Au voleur ! Au voleur ! » La peste soit des malhonnêtes gens ! Moi Arlequin Battachio me faire avoir comme un débutant !

Il se fouille.

Ah ah ! Ils ne sont pas si malins que ça ! Ils sont partit avec mes hardes certes mais n’ont pas pris mes chers écus !

On entend des coups de feux .

Ah à moi ! (Il se jette au sol) je suis mort !

Scène 4

Les bandits reviennent en courant, affolés

Bandit 1

Mais enfin, qui a tiré ?

Bandit 2

Pas la moindre idée !

Bandit 1

Oh regarde ! Notre ami est blessé !

Arlequin

Criant

À moi, au secours, je meurs ! Sauvez-moi !

Bandit 2

Ne crie pas si fort ! Tu vas réveiller toute l’auberge, où es-tu blessé ?

Il le tâte, et trouve la bourse, fait signe à ses amis et ils repartent aussitôt.

Bandit 1

Ne t’inquiète pas l’ami ! Tu es guéri !

Arlequin

Ouf ! Tant mieux si je suis guéri ! Ils ne sont pas si méchants finalement !

Il se fouille.

Mais... mais... ah les maudits ! Pendard ! Faquins ! Mes écus ! Au voleur ! Au voleur !

 

Fin de l'extrait

Un extrait des Vingt-deux Infortunes d'Arlequin
Tag(s) : #Extraits, #Théâtre

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